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Les « structures » de la pédagogie

Comment organiser les méthodes pédagogiques ? (II)

Louis Not propose pour sa part de se focaliser sur la façon dont on structure ce que l’on sait ; savoir. Cette démarche, si elle est soumis au différentes étapes de développement de l’enfant, est pour le jeunes ou les adultes une possibilité offerte devant chaque situation d’apprentissage prévue ou non.

Louis Not répartit les pédagogies de trois façons :

  • Celles qui structure le savoir de l’extérieur
  • Celles qui le structure de l’intérieur
  • Celles qui le structure enfin par l’interaction de celui qui donne et de celui qui reçoit (pas forcément sens unique enseignant – apprenant)

Structurer le savoir par l’extérieur

De quoi s’agit-il ? Certes d’un enseignement ex-cathedra, mais aussi de beaucoup de propositions, telles que les enseignements assistés par ordinateur.

Primat de action de l’« autre »sur l’apprenant.

Les enseignants « trans » – forment l’être

Structurer le savoir par l’intérieur

De quoi s’agit-il ? L’individu progresse par ce qu’il structure lui-même.

Primat de l’individu en acte. C’est le sujet qui ici est prépondérant.

L’enseignant, dans ce cas, aide la personne à « se transformer »

Inter-structuration du savoir

De quoi s’agit-il ? C’est le cas d’un enseignement intégré à l’apprentissage.

Primat de la « re-formation » du  savoir reçu. On se centre sur l’activité. Acquérir un savoir ; c’est l’intégrer d’une manière ou d’une autre.

L’enseignant « forme », re-forme (dé-forme) un environnement propice à l’apprentissage de l’apprenant.

Guy Labarraque

Source :

Altet, M. (1997), Les pédagogies de l’apprentissage, Paris, Quadrige, Puf.

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Ados et le monde du net

Le net dans le monde des ados

Un dossier de l’Hebdo (2010) nous rend attentif à un monde qui ne cesse de nous laisser songeur… Donnons en premier lieu deux chiffres :

  • 90% des jeunes se connectent sur le net et communiquent via des sites sociaux dont le plus connu est facebook
  • La durée du surf est de 2 heures

La première chose qu’inspirent ces chiffres est l’importance de cette donnée, pas tant au niveau du temps passé, qu’au niveau de l’espace : 90% des jeunes partage une même espace… Certes avec des variantes différentes puisqu’on peut faire partie de plusieurs groupes différents, il n’empêche que c’est impressionnant !

Seulement voilà ; ce qu’on partage avec son groupe ne nous garantit pas que l’info y reste. Un autre peut la partager dans une autre groupe et tout l’espace de l’un peut devenir l’espace des autres.

Le monde du net

Mais est-ce parce que le monde est en réseau que ce dernier est habité comme un monde ? Et c’est là que le bât blesse car à entendre ce qui peut se dire, cela n’a rien d’un monde où on se sentirait chez soi en toute sécurité !

On a notamment pu s’en rendre compte cet été avec la dramatique histoire de Jessi Slaughter, une jeune fille de onze qui est allée trop loin. Dans sa chambre, sans surveillance, cette pré-adolescente, avec sa webcam se raconte, se montre et raconte des histoires comme toutes les jeunes filles le font à cet âge-là. Seulement voilà, elle le fait sur la toile et lorsqu’elle reçoit des réponses négatives de la part des surfeurs… Elle « pète un câble » comme on dit, puisqu’elle se met à insulter les internautes. Sa vidéo se répand sur la toile et « buzzent » les différents forum. Son e-mail, son numéro de portable et l’adresse de ses parents sont submergés, en retour, d’insultes et le cauchemar commence pour toute la famille.

Prise à partie à l’école, la jeune fille voit partout le doigt accusateur se dresser, elle est exclue de tous ces cercles d’amis et entre dans la peau du bouc émissaire… Un bouc émissaire des temps moderne, à l’image de la cours de récrée d’aujourd’hui, celle du web… Tout sauf imaginable.

Le net… c’est tout un monde à ré-fléchir

Inutile de dire que le contrôle s’impose et peut-être arriverions-nous mieux à le comprendre avec cette dramatique histoire qui, non seulement a détruit la vie de cette jeune fille, mais aussi celle de sa famille. Des questions aussi complexes que celles-là doivent pouvoir se discuter avec les adolescents ?

  • La notion de groupe : peut-on être certain de tous les membres de son groupes ? Accepter une autre personne peut-il se décider par un membre du groupe sans l’acceptation des autres ? Pourquoi ne pas imaginer de travailler avec les jeunes sur l’idée de « charte » ?
  • l’image : Est-ce fondamentalement utile d’user d’une webcam ? A quoi peut bien servir sa propre image diffusée sur la toile ? Quel en est le sens ? Qu’est-ce qui est recherché dans cette envie ?
  • Le langage, l’expression, la parole : comment parle t-on ? Avec quels mots ? Prendre de front la questions des insultes sur le net et les proscrire à tout prix.
  • Les rituels d’entrée et de sortie : j’entends par là la grosse question de recevoir une grosse « claque » avec un petit « clic ». Réfléchir surtout à la façon dont on se quitte…

Guy Labarraque

Sources :

L’Hebdo 19 août 2010

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L’agenda setting

Avec plusieurs autres théories de la communication, l’« agenda setting » s’avère particulièrement intéressante parce qu’elle interroge une question fondamentale, celle de la formation de l’opinion public. Comment se forge t-on une opinion ? Comment en arrivons-nous à penser cela de ça ? dirais-je pour traduire la question de fond de façon triviale… Et pour l’adolescence qui entend se positionner et qui le fait, il peut être d’un grand secours de s’y intéresser.

L’originalité de cette théorie est de se situer dans un espace intermédiaire entre une théorie qui pense que l’opinion est directement influencée par les médias et une autre qui au contraire pense que le récepteur « filtre » ce qu’il reçoit par le fait qu’il ne peut entendre que ce qu’il veut entendre.

Mc Combe, l’initiateur de cette approche développe l’idée que les médias nous disent ce à quoi il faut penser et comment il faut le penser. L’influence est donc deux ordres :

  • Hiérarchique : l’ordre de l’information est décidée par les médias qui définissent en quelque sorte ce dont nous allons parlé, « notre agenda. »
  • Formelle : La forme de l’information car en plus de l’ordonner dans l’agenda, les médias nous la livre déjà « ficelée. » Reportage, élocution, prise de vue et j’en passe conditionne le rendu de l’information.

Une théorie qu’on peut résumer ainsi :

Les médias ne nous disent pas ce qu’il faut penser, mais ce dont il faut parler et la façon d’en parler.

Guy Labarraque

Sources :

Mc COMBS, M., SHAW, D. L., « The Evolution of Agenda-Setting : Twenty-Five Years in the Marketplace of Ideas », Journal of Communication, 43, n°2, 1993, p. 58-67.

SFEZ L. (1992), Critique de la communication, Paris, Point seuil, 528 p.

Autre théorie : les 5 axiomes de la communication

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Interroger le texte biblique avec Piaget !

Piaget au secours de l’exégèse ? Piaget nouvel homme fort de la catéchèse ? Non pas tout à fait, je me suis posé la question de savoir si nous pouvions lire le texte biblique en utilisant quelques uns des fondements de la théorie de Piaget sur le développement de l’individu.

Rappel

Piaget est biologiste au départ, mais s’est très vite intéressé à la connaissance et à la construction de celle-ci. S’il a consacré une bonne partie de sa vie à l’étude des enfants, c’est qu’il s’est rendu compte que les modes de construction de la connaissance changeaient assez fortement au cours des premières années de l’existence et ce, face à la complexité du monde.

Sa question fut donc de voir s’il était possible de calquer la phylogénèse sur l’ontogénèse, c’est à dire de voir l’évolution des différentes espèces vivantes à partir du modèle de l’évolution de l’être humain.

Vaste programme…

Son approche

L’idée n’est pas de reprendre les différents stades de son développement, mais de souligner quelques éléments de son approches. Cette dernière se situe dans une perspective évolutionniste et souligne entre autre, que dans les différents stades de développement, l’individu :

  • Redéfinit le stade antérieur en fonction de son évolution. On part toujours de ce qui est pour le transformer et l’adapter ;
  • Est en perpétuelle interaction avec son environnement ;
  • Conceptualise en acte. C’est dans l’action que l’individu connaît ce qu’il fait. Toute connaissance d’un objet ou d’un concept n’a de sens pour lui qu’en fonction de l’action qu’il exerce sur lui.

A l’interrogation du texte biblique

Pour être très concret il faudrait que nous puissions interroger le texte biblique en repérant des savoirs  qui « se redéfinissent » en fonction de leur « lien » avec l’environnement (au sens large du terme) et qui doivent à l’action le fait d’être compris différemment.

On est assez aidé si on essaye de trouver des textes ou des histoires qui sont repris par plusieurs auteurs. Les 4 évangiles, qui racontent à leur façon l’histoire de Jésus, fournissent une foule d’exemples. Tentons une illustration, mais avec deux textes de l’Ancien Testament, histoire de surprendre et de faire un peu autre chose, comme celle du recensement orchestré par le roi David.

Le recensement du roi David

Cet événement est rapporté par deux narrateurs dans les récits de l’Ancien Testament et cela nous donne la possibilité d’entrer de plein fouet ni plus ni moins dans deux conceptions assez différentes de concevoir Dieu.

Jugeons plutôt sur « texte »

Les textes bibliques

  • 24.1 La colère de l’Éternel s’enflamma de nouveau contre Israël, et il excita David contre eux, en disant: Va, fais le dénombrement d’Israël et de Juda. (2 Samuel 24,1)

  • 21.1 Satan se leva contre Israël, et il excita David à faire le dénombrement d’Israël. (1 Chronique 21,1)

On le voit un même acte dont l’origine est attribuée pour le rédacteur des livres de Samuel à Dieu (l’Eternel) et pour le rédacteur des Chroniques, à Satan. En regardant les dates des récits, on se rend compte que le texte des Chroniques (milieu du IVe siècle avant JC) est d’une part plus récent que celui de Samuel (VIIe-VIe siècle Avant JC) provient d’un milieu ayant été influencé par la culture grec qui, comme on le sait, à un panthéon plus étoffé que celui du peuple d’Israël. C’est en partie pour ces deux raisons que sont attribuées aux divinités des fonctions différentes.

Pour reprendre notre exemple en question, il ne pouvait pas être concevable pour le rédacteurs des Chroniques qui écrit après celui des livres de Samuel, d’imaginer que Dieu puisse influencer l’homme à faire quelque chose de mal…

Reprise – relecture – redéfinition

En clair le rédacteur de la Chronique du roi David « adapte » la compréhension d’un fait dans son environnement propre ; le monde grec (plus manichéen). Le concept d’action, si important à Piaget se trouve, on l’aura compris, dans l’acte d’écrire, de raconter et d’attester l’action de David.

D’un point de vue pédagogique, on peut prendre ces deux façons de connaître Dieu comme deux stades différents de la propre évolution de sa pensée sans, et je le souligne encore, qu’on dresse une hiérarchisation entre ces deux stades ou qu’on « se plaque » sur  l’ordre qui nous est donné par la chronologie biblique. Qu’on ait pu avoir une idée de Dieu et un jour et une autre un autre jour ne doit pas nous faire dire que ce que nous pensions avant était moins valable que ce que nous croyons maintenant.

Du point de vue théologique, nos images de Dieu ou celles de Jésus peuvent être interpellées, nous seulement parce qu’on sait qu’elles évoluent mais aussi parce qu’une telle démarche peut nous conduire à avoir un regard sa manière de croire :

  • Quelles étaient nos manières de croire, de penser Dieu ?
  • Qu’est-ce qui a fait que ces dernières ont changé ?
  • Quel fut notre cheminement et surtout de quoi sommes-nous partis pour arriver à ce que nous croyons à présent ?

Ainsi, pour conclure, si Piaget peut nous aider à comprendre deux stades du croire, ce qui en soit n’est pas inintéressant, il nous invite aussi à questionner notre démarche de compréhension de Dieu et les causes qui ont fait que nous sommes passés d’une compréhension à une autre.

Guy Labarraque