Publié dans Adolescents, Connaissance des publics cibles

Star dans sa chambre !

Dès la rentrée de l’école, la voilà entrain de prendre le micro et à mettre une chanson de Lady Gaga et puis de chanter et de rechanter sans que cela ne cesse. Alors parfois les nerfs craquent… Vous ne comprenez pas pourquoi votre fille de 14 ans passe son temps son temps à imiter les stars ! Pire, et parce que vous savez quelle est la couleur de ce monde-là, vous lui faites des reproches de se laisser aller dans la superficialité alors qu’elle ne cesse de chercher à être dans le vrai !

Et une discussion animée s’engage qui a toutes les chances de se terminer par une ou deux portes qui claquent ! Si ce n’est que les portes qui claques, c’est un moindre mal… Il n’en demeure pas moins vrai qu’une fois votre fille dans sa chambre et vous, dans la cuisine à partager avec votre conjoint ou votre conjointe, les interrogations sont toujours présentes ; qu’est-ce qui lui prend à se prendre pour Justin Beiber ?

Les paroles de Catherine Monnot, anthropologue, qu’on retrouve dans un numéro spécial de la revue Sciences humaines, consacrée au monde des adolescents, peuvent aider à y voir un peu plus clair et surtout à essayer de comprendre ce qui se passe dans la tête de l’adolescente. Nous serions, pour Catherine Monnot, dans un processus rituel « d’apprentissage de la féminité. » Il est vrai que si votre curiosité va jusqu’à accepter d’entendre votre  fille chanter sa chanson entièrement ou mieux si vous accepter de voir son clip, parce qu’elle se filme, vous risquez fort d’être surpris. La personne qui se tient devant vous est un petit bout de femme qui crève l’écran qui en plus de chanter, bouge aussi, passe sa main dans les cheveux avant le refrain, se tourne et se retourne avant de regarder l’objectif de son oeil perçant…. Bref impressionnant ! Tout d’une star mais surtout tout d’une femme entrain d’émerger.

Autre élément intéressant, ayant trait cette fois au contenu de ce qui est chanté, et plus généralement aux contenus de ce que nos jeunes filles écoutent ; ce sont, toujours pour Catherine Monnot, « les clichés de la jeune fille qui attend son prince charmant pour vivre un amour éternel et sans nuages ». en quelques mots, les ingrédients les plus caractérisés des contes de fée qui berçaient l’enfance de nos grand-mères.

La belle au bois dormant, Blanche neige, et ses amies ; ces récits qui ont bercé l’enfance de nos grand-mères sont toujours là, sous une autre forme, mais toujours présents. Ils ont pris une place importante dans la constitution de la personnalité de nos aïeules, il importe de s’en souvenir aujourd’hui, même si ces derniers passent par d’autres formes que celles que nous connaissions. Les chansons des stars d’aujourd’hui avec les longs métrages comme Twillight sont visiblement de la même veine.

Guy Labarraque

Source : numéro spécial de Sciences Humaines, mai 2011.

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Ados et le monde du net

Le net dans le monde des ados

Un dossier de l’Hebdo (2010) nous rend attentif à un monde qui ne cesse de nous laisser songeur… Donnons en premier lieu deux chiffres :

  • 90% des jeunes se connectent sur le net et communiquent via des sites sociaux dont le plus connu est facebook
  • La durée du surf est de 2 heures

La première chose qu’inspirent ces chiffres est l’importance de cette donnée, pas tant au niveau du temps passé, qu’au niveau de l’espace : 90% des jeunes partage une même espace… Certes avec des variantes différentes puisqu’on peut faire partie de plusieurs groupes différents, il n’empêche que c’est impressionnant !

Seulement voilà ; ce qu’on partage avec son groupe ne nous garantit pas que l’info y reste. Un autre peut la partager dans une autre groupe et tout l’espace de l’un peut devenir l’espace des autres.

Le monde du net

Mais est-ce parce que le monde est en réseau que ce dernier est habité comme un monde ? Et c’est là que le bât blesse car à entendre ce qui peut se dire, cela n’a rien d’un monde où on se sentirait chez soi en toute sécurité !

On a notamment pu s’en rendre compte cet été avec la dramatique histoire de Jessi Slaughter, une jeune fille de onze qui est allée trop loin. Dans sa chambre, sans surveillance, cette pré-adolescente, avec sa webcam se raconte, se montre et raconte des histoires comme toutes les jeunes filles le font à cet âge-là. Seulement voilà, elle le fait sur la toile et lorsqu’elle reçoit des réponses négatives de la part des surfeurs… Elle « pète un câble » comme on dit, puisqu’elle se met à insulter les internautes. Sa vidéo se répand sur la toile et « buzzent » les différents forum. Son e-mail, son numéro de portable et l’adresse de ses parents sont submergés, en retour, d’insultes et le cauchemar commence pour toute la famille.

Prise à partie à l’école, la jeune fille voit partout le doigt accusateur se dresser, elle est exclue de tous ces cercles d’amis et entre dans la peau du bouc émissaire… Un bouc émissaire des temps moderne, à l’image de la cours de récrée d’aujourd’hui, celle du web… Tout sauf imaginable.

Le net… c’est tout un monde à ré-fléchir

Inutile de dire que le contrôle s’impose et peut-être arriverions-nous mieux à le comprendre avec cette dramatique histoire qui, non seulement a détruit la vie de cette jeune fille, mais aussi celle de sa famille. Des questions aussi complexes que celles-là doivent pouvoir se discuter avec les adolescents ?

  • La notion de groupe : peut-on être certain de tous les membres de son groupes ? Accepter une autre personne peut-il se décider par un membre du groupe sans l’acceptation des autres ? Pourquoi ne pas imaginer de travailler avec les jeunes sur l’idée de « charte » ?
  • l’image : Est-ce fondamentalement utile d’user d’une webcam ? A quoi peut bien servir sa propre image diffusée sur la toile ? Quel en est le sens ? Qu’est-ce qui est recherché dans cette envie ?
  • Le langage, l’expression, la parole : comment parle t-on ? Avec quels mots ? Prendre de front la questions des insultes sur le net et les proscrire à tout prix.
  • Les rituels d’entrée et de sortie : j’entends par là la grosse question de recevoir une grosse « claque » avec un petit « clic ». Réfléchir surtout à la façon dont on se quitte…

Guy Labarraque

Sources :

L’Hebdo 19 août 2010

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Comment croient les enfants ?

L’objet de cet article est d’essayer de modéliser « la » manière de croire des enfants… En tout cas celle qu’il me semble avoir pu reconnaître par des expériences personnelles ou d’autres ainsi que par quelques écrits plus synthétiques.

Pas de prétention à être exhaustif, mais des pistes qui donnent quelques balises qui dans tous les cas peuvent nourrir une réflexion. En partant de la pratique, j’essaierais de donner quatre notions théologique de ces enfants observés… Cette réflexion s’inscrit dans le courant de la « Kindertheologie »

Des théologiens « hors les murs »

A la sortie d’un culte, une catéchète me raconte qu’à la suite d’une narration de la parabole du samaritain (Evangile de Luc 10,29ss) aux enfants de sa volée (des enfants de 10 – 11 ans), cette dernière eu l’idée de poser cette question aux enfants : « qui avait souffert le plus dans l’histoire du samaritain portant secours au blessé » Un enfant répondit : « l’âne ! »  Pourquoi lui a demandé alors le catéchète ? « C’est lui qui a porté le blessé à l’auberge ».

Je ne connais pas de commentaires incluant l’animal de cette parabole, ce qui en la matière permet en tout premier lieu de circonscrire le référentiel « adulte » qui exclut cette entrée ; pour « nous » l’animal n’est pas une clef d’interprétation que nous pourrions utiliser. Pour les enfants, en revanche, c’est tout autre chose et je ne l’apprends à personne en disant que les animaux sont des « personnages » essentiels de leur univers. Ils son,t depuis leur plus jeunes âge, un peu ce que Winnicott disait du jeu à savoir des « objets transitionnels », c’est à dire, pour ces personnages, des moyens d’atteindre d’autres espaces ou de franchir des limites que la normalité n’admet pas.

Pourquoi donc s’arrêter aux histoires des hommes surtout lorsqu’elles impliquent des animaux ? Pourquoi s’arrêter aux limites que nous nous imposons parce que la sagesse nous apprend à faire le tri ? Les enfants sont très sensibles à l’égalité de tous les personnages d’une histoire, il est donc par conséquent assez normal qu’ils dépassent nos cadres interprétatifs. De ce point de vue là, l’enfant est « hors les murs », or du giron classique de l’interprétation des textes bibliques.

Des théologiens de l’« ici et du maintenant » (Hic et nunc)

Une autre expérience rapporte qu’un enfant de 6 ans à qui ont a demandé pourquoi Jésus, tenté par Satan dans le désert, n’a pas essayé de transformer les pierres en pain a répondu : « parce que Jésus n’aime pas le pain ! »

Là encore, surprise et interrogation des adultes qui n’ont certainement pas beaucoup entendu cette réponse. Sans vouloir faire de la psychologie au rabais, en identifiant la période du « non » de cet enfant, nous pouvons relever l’importance du présent, du quotidien. C’est bien évidemment tous les jours que les enfants se positionnent face à ce qu’on leur propose et en particulier face à la nourriture. Si nous reformulions cette parole d’enfant, pour gagner en compréhension dans le monde des adultes, nous pourrions avoir : « Pourquoi, diable aller chercher midi à quatorze heure ? » ou « pourquoi aller chercher au loin ce qui est si proche ? »

La réponse de l’enfant, logique, claire, net et précise nous ramène au lieu même où beaucoup de solutions se trouvent : l’ici et le maintenant ! On l’aura compris, on a  là sans doute plus qu’une réponse, mais une manière d’être et de penser et pour le dire avec un grand mot une théologie qui nous ramène sans cesse à l’existence de tous les jours. L’important c’est maintenant !

Des théologiens de la création

Il n’est pas surprenant que des thèmes comme la création parlent aux enfants, les animaux d’une part, mais aussi la nature, le soleil, la lune, les étoile qui figurent dans ces récits et qui les inspirent profondément. L’intérêt ici consiste à s’interroger sur la façon dont les enfants parlent de la création. L’extrait d’un entretien entre des élèves et leur enseignante (nous sommes en Allemagne où la religion est une des matière enseignée) est assez emblématique :

Claudia (Enseignante) : qu’est-ce que tu as dessiné ?

Anna (élève) : Une maison, un arbre…

Barbara : j’ai dessiné Dieu qui fait pousser les fleurs, et des gens, comment un enfant guérit.

On voit très bien que l’origine, la chronologie, l’évolution n’est pas l’angle d’attaque des enfants. S’ils sont, comme nous le mentionnions concernés par l’hic et nunc, ils s’intéressent à ce qui peut surgir tout d’un coup sans que nous sachions pourquoi (dans notre logique d’adulte évidemment). Barbara dans sa réponse, insuffle le cas d’un enfant qui guérit, c’est tout sauf anodin. En reformulant et en interprétant à nouveau, il ne nous est pas impossible de dire que la pour la petite Barbara, comme Dieu fait pousser les plante, de même et par analogie, il fait pousser les gens et leur santé…

Des théologiens rationalistes

Ce qui surprend en entendant les enfants raisonner ou ré-fléchir leur croyance, est tout simplement la logique dans laquelle ces derniers restent tout au long de leur réflexion. Ils croient, mais avec une logique certaine. Exemple : un enfant déclare à propos de la mort : « heureusement qu’il y a des gens qui meurent, sinon on serait trop nombreux sur terre ». Logique irréfutable qui montre bien qu’un thème existentiel n’est pas du tout pris de la même façon par les enfants que par les adultes. Ces derniers la prennent sous l’angle individuel alors que les enfants la prenne sous l’angle du collectif, du général. « Qu’en pensez ? que la question métaphysique de la mort en elle-même, de la finitude et de l’angoisse, ne concerne que modérément les enfants » écrit Michel Eltchaninoff, rédacteur de Philosophie Magazine. Une remarque à entendre dans le cas d’un enfant qui n’est pas touché dans sa chair par la mort de son animal de compagnie ou d’un proche. Le raisonnement des enfants se rapprochent en quelque sorte d’une pensée analytique qui décortique et qui construit, à l’image d’un « jeu de meccano. »

Conclusion

Au terme de ce parcours très bref, construit à partir d’expériences récupérées ici ou là, le sentiment qui reste est celui de l’étonnement parce que ces enfants ont une réelle facilité d’affronter le monde et ses questions dans leur parole. En même temps, cette confrontation au réel à un prix être soi-même. Et c’est là qu’il est une gageure pour nous les adultes qui sommes rattrapés par la socialisation, le rôle et la puissance. L’« habit fait le moine » dit-on, pour les enfants comme pour les adultes, seulement les enfants, eux savent que c’est un jeu et qu’ils se déguisent, alors que pour nous c’est souvent tout sauf un jeu, voilà sans doute pour quoi il y a beaucoup de casse.

Guy Labarraque

Sources

  • Dossier : « Comment pensent les enfants ? » in Philosophie Magazine, avril 2010
  • Dossier : « les enfants théologiens » dossier composé de trois textes, proposé par l’OPEC et disponible sur demande.
  • Winnicott, D.W. (1971-1975). Jeu et réalité, Paris, Gallimard.
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Enfants théologiens – Der Kindertheologie

Il y a des formules tellement utilisé qu’on oublie de se poser la question des enjeux et de ce que ces dernières pourraient dire… Tenez prenez l’adage fort connu ; « la vérité sort de la bouche des enfants ». Il est employé à de nombreuses reprises pour signifier bien des vérités que les adultes essayent souvent de masquer.

Et si on poussait plus loin la question, non pas tant de la vérité en tant que telle, puisqu’on sait que cette question est délicate et qu’on a, même dans les domaines les plus objectifs, d’importantes variations, on serait très étonné de ce que peuvent penser les enfants et de ce qu’ils peuvent croire.

Je me souviendrai toujours, alors que je célébrais un culte en paroisse, d’une réponse étonnante d’un de ces enfants pendant que j’essayais de rendre vivante l’une des parabole de Jésus (la parabole des deux fils improprement nommée la parabole du fils prodigue, Lc 15,11s). J’essayais, donc, au moyen de ma narration de leur faire comprendre que le fils cadet (celui qui était parti dépenser tout l’argent paternel) n’avait plus qu’une chose à faire ; retourner chez son père. Et pour ce faire je mettais un effort considérable à montrer le dénuement de ce pauvre fils qui au milieu des cochons ne parvenait même pas à manger les caroubes (racines dures que seuls les cochons pouvaient manger). C’est alors qu’un de enfants me dit : « mais il faut qu’il tue le cochon ! »

Imaginer ma mine, et le rire de l’assemblée en entendant cette réplique qui comme le disent les jeunes « cassait » mon effet. La logique de l’enfant venait de prendre en défaut la mienne qui, pas un seul instant, n’avait imaginé ce type de réponse.

Laissons-là l’anecdote, j’ai réussi à m’en tirer et à retomber sur mes pieds pour finir l’objectif que je poursuivais dans mon message. Il n’empêche que cette intervention ouvrait une porte que le monde germanique a déjà ouverte depuis longtemps avec ce qu’il nomme « der Kindertheologie » qu’on peut traduire en français par « l’enfant théologien. » L’enfant théologien que l’adulte prend en compte en essayant d’être avec lui dans ses questions, ses réponses et les évolutions de celles-ci. C’est donc, pour l’adulte, une pédagogie qui proposera de développer chez l’enfant sa propre manière de comprendre au lieu de vouloir la corriger.

Guy Labarraque

Comment croient les enfants ?

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Les adolescents et les rites

L’objectif de cet article essaye de cerner, du point de vue des adolescents, ce que peut bien signifier le rite pour eux compte tenu du fait qu’il ne peuvent plus se reposer sur ceux que proposent la société mais sur ce que la société promeut avec vigueur, à savoir ; la consommation.

Le rite au gré de la consommation

Parce qu’elle procure du nouveau en permanence et que de ce fait elle peut prétendre à faire de celui qui s’y plie d’être chaque jour nouveau, la société de consommation parle :

« Ma rencontre avec le piercing, c’est pour avoir une boucle d’oreille ailleurs que sur le lobe des oreilles. Pourquoi ? J’en sais rien. J’ai voulu ça parce que c’était la mode. Ouai. j’ai voulu quelque chose de différent. » (Claire 18 ans)

Soumis au nouveau, mais soumis aussi au momentanée, à l’instant ; d’où les changements radicaux qu’on peut percevoir chez un jeune. S’il y a une constance, une continuité avec ces changements, on la trouve dans la séparation d’avec les parents

« Ras-l’cul des vieux, j’en ai ma claque, pour moi c’est mes potes, un point c’est tout ! Ils peuvent me demander n’importe quoi, je le fais. » (Eric 17 ans)

On veut briser la dépendance aux parents, c’est une constante pour mettre en avant la loyauté au groupe, ce que les premiers ont du mal à accepter, et on peut le comprendre… Il n’empêche que les difficultés ne sont pas écartées pour autant, elles sont simplement autres puisqu’on passe d’une tyrannie à une autre ; celle des pères à celle des pairs… Indéniablement difficile à vivre mais qu’importe puisqu’elle est choisie.

Un prospect (candidat pour être du groupe) des Hells Angel témoigne :

« Ben ouai ils m’ont réveillé en pleine nuit, je devais me rendre à la Place de la Rippone pour aller faire une mission. Je savais pas quoi, mais j’y suis aller. C’est tout, où tu veux faire partie du MC (Moto Club alliant la Harley et une idéologie très « à droite »…) ou tu veux pas en faire partie. C’est une question de choix. » (Benjamin, 20 ans)

Braconner un peu de sens

Les épreuves subies,celles-ci comme de multiples autres,  ne relèvent plus de notions classiques, ce sont de véritables rites parallèle, Le Breton (2007) les nomme « de contrebande » (Le Breton, 2007) comme pour montrer que les jeunes braconnent ici ou là du sens. Ces rites ne reposant pas sur des cérémonies établies, mais au contraire, sur une invention cohérente au regard d’une histoire personnelle.

« C’est ma marque personnelle, à moi… Personne ne sera comme moi alors comme j’ai pas envie d’être comme les autres, voilà pourquoi je fais ça » (Johann, 21 ans)

De l’identité par le corps pour être ce qu’on montre à l’autre, ces rites impliquent des heurts avec les autres, avec le monde ; la souffrance et la mort font partie du jeu…

L’existence ne se satisfait plus à partir de l’institué mais de l’instituant… En terme de définition de ce que sont ces rites, on peut dire qu’il s’agit moins, pour les jeunes de passer d’une classe d’âge à une autre que de passer de la souffrance subie, d’être soi à un soi qui, pour naître, se doit de souffrir. Il n’y a rien de plus problématique que le vie qui se donne… Non il faut se la donner.

Toujours recommencer…

Le risque de ces nouvelles ritualités, c’est que ce n’est jamais fini… Il faut être à la hauteur, toujours à la hauteur. Ainsi de l’impératif de montrer son courage aux autres au risque d’être le bouffon de service, est ce qui le plus redouté par tous. Exemple ; les soirées qui se répètent chaque samedi après la semaine de travail où il faut toujours démontrer sa résistance à la boisson ou son aisance à défier l’autorité.

Solitaires, les épreuves s’imposent dans un contexte de « déliaison sociale » réelle ou vécue comme telle. Le changement créé par l’épreuve n’est pas transmissible aux autres et ne s’inscrit dans aucune mémoire collective. Dans une vie dans laquelle il faut à chaque fois « se » donner sa marque personnelle (personnel branding), il faudra à nouveau « se » mettre en danger parce que le rite n’ôte pas la souffrance de la vie, il la contient jusqu’au prochain appel.

« Ces épreuves sont des rites intimes, privés, autoréférentiels, méconnus, détachés de toutes croyance et tournant le dos à une société qui cherche à les prévenir. » (Le Breton, 2008) Il est clair que si nos sociétés parvenaient à jalonner le parcours de vie des jeunes avec plus de solidité et de pertinence, elles ne seraient pas confrontées à cette masse de désespérance et d’incompréhension. Mais le peuvent-elles ?

Guy Labarraque

Sources :

Bauman Z. (2010), « l’amour liquide n’a que des agréments » Philosophie, Mars 2010, p. 58-63.

Le Breton D. (2007), En souffrance : adolescence et entrée dans la vie, Paris, Métaillé.

Le Breton D. (2008), « Rites de contrebande d’une jeunesse contemporaine», in La marque Jeune, Gonseth M.-O., Laville Y, & Mayor G. Neuchâtel, MEN, 2008, 146-151.

Zittoun T. (2008), « Tolstoï, la Bible et André the Giant : les ressources que les jeunes se donnent », in La marque Jeune, Gonseth M.-O., Laville Y, & Mayor G. Neuchâtel, MEN, 2008, p.174-175.

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le « passage » des adolescents dans une société liquide

Du liquide comme « solide »

Toujours à changer…

Un jour c’est comme ça et puis un autre c’est comme ci…

Toujours le même constat sur les jeunes avec toujours les mêmes mots : lunatiques, inconsistants, changeants, « réversibles et impermanents » (Wyn et White, cités par Zittoun, 2008), bref jamais les mêmes…

Les causes ?

Soulignons-en deux, mais qui peuvent n’en faire qu’une.

  1. L’adolescence : une notion récente et « socialement construite ».

C’est ce que disent les observateurs en voyant se placer une « zone » entre la fin de la scolarité et le travail. Avant on passait de l’état d’enfance à celui de travailleur, maintenant on va au lycée ou au gymnase et on étudie pour être mieux à même d’affronter le monde, dit-on… Seulement cette vie entre deux, est loin d’être évidente qu’un adage moderne pourrait bien résumer : « tais-toi quand tu parles »… Encore enfant (celui qui ne s’exprime pas) et surtout pas adulte (celui qui a finit sa croissance).

2. La société bouge et est socialement déconstruite !

Qu’une société bouge ce n’est pas nouveau, mais qu’en revanche, les « problèmes dans la société croît à mesure qu’elle évolue. » (Bauman, Z., 2010), c’est assez nouveau. Pas d’évolution sans nouveaux problèmes en quelque sorte, à tel point qu’on a fini par dire de la société, à force de bouger tellement, qu’elle est « liquide » voire liquidé. C’est peut-être l’autre raison qui expliquerait le pourquoi de cette jeunesse si difficile à saisir.

Société liquide ?

N’ayons pas peur des mots, car c’est un peu ça… Prenons, ce qui dans le tissu social, permet d’accompagner l’évolution du jeune, le passage d’un état à un autre (par exemple de l’écolier à l’apprenti). Aucun de ces « rites de passage » ne fait sens pour tous les autres ; les vies sont tellement différentes et les chemins tellement personnelle… Le premier verre à 16 ans est une rigolade, les rôles que jouaient les sociétés de tir, les pompiers, la fanfare du village sont devenus de l’exotisme, voire du folklore, quant aux étapes religieuses… Qu’entendez-vous par là exactement ?

L’absence de « significations partagées » de ces liens aboutit aujourd’hui à « une privatisation des processus de construction de sens » (Zittoun, 2008).

Qu’est-ce qu’un rite pour un adolescents?

Quels conséquences ? L’adolescent devient, à défaut d’une autorité sociale, l’auteur de lui-même de ce qu’il met en place. Il se met au monde lui-même, il se créé et finalement ne s’autorise que lui-même (Le Breton, 2008).

Les « transitions » ont lieu alors que les jeunes accèdent à une « responsabilité symbolique » ; c’est à dire au moment où dans leur environnement les jeunes apparaissent comme responsables de ce qu’ils lisent, de la manière dont ils s’habillent, des films qu’ils vont voir, de la musique qu’ils écoutent, bref de ce qu’ils retiennent comme pertinent pour eux.

C’est au lycée en générale au contact des autres que cette responsabilité symbolique surgit.

Guy Labarraque

Sources :

Bauman Z. (2010), « l’amour liquide n’a que des agréments » Philosophie, Mars 2010, p. 58-63.

Le Breton D. (2008), « Rites de contrebande d’une jeunesse contemporaine», in La marque Jeune, Gonseth M.-O., Laville Y, & Mayor G. Neuchâtel, MEN, 2008, 146-151.

Zittoun T. (2008), « Tolstoï, la Bible et André the Giant : les ressources que les jeunes se donnent », in La marque Jeune, Gonseth M.-O., Laville Y, & Mayor G. Neuchâtel, MEN, 2008, p.174-175.