Publié dans Connaissance des publics cibles, Enfants

Enfants théologiens – Der Kindertheologie

Il y a des formules tellement utilisé qu’on oublie de se poser la question des enjeux et de ce que ces dernières pourraient dire… Tenez prenez l’adage fort connu ; « la vérité sort de la bouche des enfants ». Il est employé à de nombreuses reprises pour signifier bien des vérités que les adultes essayent souvent de masquer.

Et si on poussait plus loin la question, non pas tant de la vérité en tant que telle, puisqu’on sait que cette question est délicate et qu’on a, même dans les domaines les plus objectifs, d’importantes variations, on serait très étonné de ce que peuvent penser les enfants et de ce qu’ils peuvent croire.

Je me souviendrai toujours, alors que je célébrais un culte en paroisse, d’une réponse étonnante d’un de ces enfants pendant que j’essayais de rendre vivante l’une des parabole de Jésus (la parabole des deux fils improprement nommée la parabole du fils prodigue, Lc 15,11s). J’essayais, donc, au moyen de ma narration de leur faire comprendre que le fils cadet (celui qui était parti dépenser tout l’argent paternel) n’avait plus qu’une chose à faire ; retourner chez son père. Et pour ce faire je mettais un effort considérable à montrer le dénuement de ce pauvre fils qui au milieu des cochons ne parvenait même pas à manger les caroubes (racines dures que seuls les cochons pouvaient manger). C’est alors qu’un de enfants me dit : « mais il faut qu’il tue le cochon ! »

Imaginer ma mine, et le rire de l’assemblée en entendant cette réplique qui comme le disent les jeunes « cassait » mon effet. La logique de l’enfant venait de prendre en défaut la mienne qui, pas un seul instant, n’avait imaginé ce type de réponse.

Laissons-là l’anecdote, j’ai réussi à m’en tirer et à retomber sur mes pieds pour finir l’objectif que je poursuivais dans mon message. Il n’empêche que cette intervention ouvrait une porte que le monde germanique a déjà ouverte depuis longtemps avec ce qu’il nomme « der Kindertheologie » qu’on peut traduire en français par « l’enfant théologien. » L’enfant théologien que l’adulte prend en compte en essayant d’être avec lui dans ses questions, ses réponses et les évolutions de celles-ci. C’est donc, pour l’adulte, une pédagogie qui proposera de développer chez l’enfant sa propre manière de comprendre au lieu de vouloir la corriger.

Guy Labarraque

Comment croient les enfants ?

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Publié dans Pédagogie

le jeu – expression ludocréative

Si vous ne savez pas trop de quoi on parle lorsqu’on évoque la ludo-créativité, c’est normal puisque c’est encore nouveau, encore que…  Bref, L’expression ludocréative est une méthode d’enseignement développée par Raimundo Dinello, spécialiste en pédagogie, qui a travaillé pendant plusieurs années en Amérique latine. Deux idées phares nourrissent son approche :

  • Miser sur un enseignement qui ni compartimente ni sépare (par exemple, ceux qui suivent de ceux qui ne suivent pas) ;
  • Focaliser le processus d’apprentissage non pas sur l’intention de l’enseignant mais sur l’apprenant.

Voici en quelques mots l’intention fondamentale de la méthode ludocréative.

  1. L’expression

L’expression pourrait se définir comme l’activité d’un sujet qui investit profondément son énergie, sa sensibilité, son intelligence, après avoir satisfait ses besoins vitaux, afin de « refléter » la création et ce dans le but de se l’approprier.

  • Une grande diversité de matériaux est transformée par l’affirmation d’un input créatif
  • C’est une projection (prolongation ?) de son existence

« C’est la créativité qui permet à l’homme finalement de postuler l’existence de son soi. » (Winicott, 1975, p. 126).

  1. Le matériau – l’objet (ob-jacere)

L’objet ne dit rien par lui-même (comme les traces de couleurs). Aucun matériau ne dit en lui-même quelque chose :  « Tout est dit quand on dit les choses ».

  • Le matériau – l’objet n’a de sens que lorsqu’il reflète le sujet qui les transforme
  • Le matériau – l’objet reste toutefois indépendant du sujet puisqu’il peut acquérir d’autres significations par d’autres sujets.
  1. Le jeu

Il est inhérent à la nature de l’homme et « c’est sur la base du jeu que s’édifie toute l’existence expérientielle de l’homme » (Winicott, 1975, p. 126)

  • L’enfant grandit, se développe et apprend par le jeu
  • « Le jeu et l’art sont des transformations d’énergie de l’être avide d’exister. » (Dinello, 2006, p.37)
  • Le seul échec dans le jeu, c’est de devoir s’arrêter ou de ne pas s’amuser !
  1. Expression ludocréative

Par les diverses activités d’expression, l’apprenant (enfants, adolescents, adultes) s’approche de l’essence de l’apprentissage en organisant ses connaissances (Dinello, 2006, p38). Si c’est un être à soi, c’est aussi un être en société.

S’exprimer avec un moyen qui « nous » correspond, consiste à extérioriser sa substance profonde. La forme de l’expression renvoie au fond même de l’expression.

En y réfléchissant bien et en essayant de la pratiquer, je ne suis pas sûr que ce ne soit pas quelque chose qui remonte assez loin dans le temps… Depuis que l’homme dresse la tête vers le ciel et prend un objet pour l’utiliser.

Guy Labarraque

Obtenir le texte complet : guy.labarraque@protestant-vaud.ch

Sources :

Dinello R. (2006), Artexpression et créativité, Montevideo, Grupo Magro.

Winicott, D.W. (1971, 1975 pour la traduction française), Jeu et réalité, Paris, Gallimard.

Site de l’association ludico-créative en Suisse

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Collision

Le film – Synopsis

COLLISION – CRASH

Date de sortie en salle : 14 septembre 2005

Réalisé par Paul Haggis

Avec Sandra Bullock, Don Cheadle, Matt Dillon, Brendan Fraser, Terrance Hoeard

Long métrage américain

Genre : drame

Durée : 108 minutes

Année de production : 2004

Le thème

Los Angeles, ville immense dans laquelle les gens qui y vivent se côtoient, mais ne se rencontrent pas ou jamais. Or ce film est justement l’histoire ou les histoires de ces gens qui n’ont aucune raison de se rencontrer et qui, pourtant se rencontrent… Et s’ils se rencontrent c’est à chaque fois en situation de « crise » (accident, contrôle routier, vol, hasard, etc.).

Des histoires de vie et la vie…

Le film pose en fait plusieurs questions à l’être humain… Nous connaissons-nous bien ? Sommes nous certains de réagir de telle façon lorsque nous sommes confrontés à une situation d’urgence ? Sur quoi repose nos actes de la vie de tous les jours ? Quelles sont les valeurs qui guident notre vie ?

Il est clair que le réalisateur (scénariste de Quantum of Solace, Casino Royale, Mémoires de nos pères, Million dollars baby) n’apporte pas de réponse à ces questions, puisque nous repartons de ce films en nous les posant pour nous même. Peut-être avons-nous en en tête la fameuse réplique d’Octave dans un film de Renoir, Les Règle du Jeu;  « Le plus terrible dans ce monde, c’est que chacun a ses raisons. » et peut-être que vous ne seriez pas loin d’une certaine réalité.

C’est dur pour tous le monde

Celà étant, et c’est l’autre versant de ce film, Paul Haggis nous décrit le parcours de vie  de  chacun des protagonistes qui tous sont face à des difficultés. Du plus haut de l’échelle sociale jusqu’en bas, riches comme pauvres ; personne n’est épargné par les épreuves. Entre la femme du procureur, dépressive (Sandra Bullock), le voleur de voiture superstitieux, jusqu’au jeune flic, à la gueule d’ange, tous traînent avec eux des « gamelles » dirions-nous, et qui, élément important, prennent leur part dans les choix et les décisions.

Ma critique

Il est indéniable que ce film se regarde bien ; le réalisateur a pour moi évité les clichés qu’on a dans pas mal de film américain avec d’un côté le blanc bon et le black mauvais. A ce sujet, le réalisateur appelle à la nuance ; ainsi les latinos ne sont pas tous mexicains, les asiatiques pas tous chinois et les musulmans encore moins tous des arabes… D’un point de vue plus technique, les « belles scènes ,  (celle ou l’issue des rencontres se termine par une victoire de la vie), comme celle du sauvetage d’une femme prise par les flammes de sa voiture et celle de la fillette échappant par miracle au bal d’un homme désespéré, sont filmées au « ralenti » et sous couvert de musique. C’est un choix du réalisateurs que d’aucuns peuvent décrier. Pour moi, il y aurait la mise en exergue de l’agir humain, lorsqu’il est beau, pourquoi pas…

A noter également, une magnifique scène où un père rassure sa fille en lui contant une histoire. Magnifique exemple d’une bonne pédagogie ayant pour objectif d’apaiser la peur des enfants.

L’inspiration du film

Le film est inspiré des évènements ayant eu lieu dans cette ville en 1992. Rappelons-nous…

Les faits débutent le 29 avril après qu’un jury, principalement composé de blancs, acquitte 4 policiers ayant frappé à terre un automobiliste noir, Rodney King. Or une vidéo prouvait les violences policières… Dans les rues, la foule manifeste et demande justice, sans succès, provoquant les dérapages que nous connaissons.

Les dégâts au niveau humain sont lourds entre 50 et 60 morts et des milliers de blessés. En plus de cela, pour rétablir l’ordre, le président Bush envoie l’armée avec un effectif de plus de 4000 hommes.

En 1993, les policiers bastonneurs sont finalement rejugés par un tribunal fédéral, mais seul deux d’entre eux écopent 30 mois de prison après une semaine de délibération.

Au delà des faits, les émeutes de Los Angeles révèlent des problématiques importantes des mégapoles modernes, j’en cite quelques unes :

  • Un taux de chômage particulièrement élevé avec entre autre le fait que les entreprises du centre de LA régulièrement de leurs employés noirs, syndiqués, pour les remplacer par des immigrants latinos, payés moitié moins que leurs prédécesseurs
  • Une police urbaine, violente et jouant les divisions entre communautés
  • Des changements démographiques importants et rapides qui modifient un équilibre précaire. On sait, par exemple, que dans les quartiers historiquement noirs de LA, la population hispanique à augmenté en 10 ans de plus 100%.

Beaucoup de commentateurs ont enfin mis le doigt sur l’importance des vidéos amateurs qui ont finalement été reconnus comme traces d’une réalité que les forces de l’ordre voulaient nier.

Guy Labarraque

Voir : animation

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Le développement cognitif – Piaget

C’est à Jean Piaget qu’on doit d’avoir construit un raisonnement par stades de construction de  la connaissance de l’individu, d’où son nom le développement cognitif.

La répartition suivante démarre juste après le premier stade dit « sensori-moteur » qui occupe le nourrisson jusqu’à 18 mois environ. On s’intéresse ici aux deux autres stades concernant les enfants et les adolescents, proches de nos publics cibles, à savoir :

  • celui des opérations concrètes
  • celui des opérations formelles

Stade de la mise en place des opérations concrètes

2 – 4 ans – étape de la pensée symbolique

Durant cette période, l’enfant ne fait pas encore la distinction entre le particulier et le général. A un enfant à qui on montre la lune, il pourra dire « les lunes », s’il la remarque à plusieurs reprises. L’enfant invoque dans cette période, l’existence d’un élément connu pour expliquer la raison d’être d’un autre. Par exemple, il dira que les montagnes sont des cailloux que l’on a planté et qui ont poussé… Et oui, cela surprend toujours un peu l’adulte car le repérage de certains fonctionnement son acquis, mais sans que les liens le soient.

4 – 6ans – étape de la pensée intuitive

L’enfant à cet âge commence à affirmer sans pour autant pouvoir démontrer. Si on place, par exemple, 6 jetons en ligne et qu’on demande à l’enfant de reproduire la même chose, il placera une ligne de même longueur, mais constituée d’un nombre plus élevé de jetons…  Nous sommes dans la symbolique ; l’opération n’est pas encore acquise puisqu’on n’a pas encore d’équivalence en nombre. La pensée porte sur des configuration d’ensemble.

6- 7 ans Etape de la période pré-opératoire

Durant cette période qui se caractérise entre autres par l’avènement du langage, l’enfant va joindre à sa perception symbolique une logique plus opératoire. Il ne va plus opérer en globalité, mais en opération… En clair, il arrive à savoir qu’une ligne de six jetons équivaux à un tas de 6 jetons. Il effectue à ce stade un premier type d’opération (identité – réversibilité – compensation).

Dès lors, l’enfant saisit des notions de quantité, de temps et d’espace. Le passé et le futur font sens tout en demeurant très orienté vers le présent et les situations physiques concrètes. Sa pensée est aussi très égocentrique au sens qu’il pense souvent que les autres voient les situations de son point de vue à lui.

7 – 11 ans – étapes des opérations concrètes

Avec l’expérience du monde qui s’accumule en lui, l’enfant devient capable d’envisager des événements qui surviennent en dehors de sa propre vie ce qui lui permet de « conceptualiser » et de créer des raisonnements ressemblant plus aux nôtres.

Un certain degré d’abstraction permet aussi d’aborder des disciplines comme les mathématiques où il devient possible pour l’enfant de résoudre des problèmes avec des nombres, mais toujours au sujet de phénomènes observables.

Stade des opérations formelles

Le gros changement est d’envisager ici que l’adolescent ne part plus simplement du concret.  Il opère à partir d’hypothèses à partir desquelles il déduit x possibilités. Alors que jusque là ce qui est possible était considéré comme un cas particulier du réel. C’est maintenant le réel qui devient un cas particulier de ce qui est possible.

Ces opérations se distinguent des précédentes non seulement par leur caractère plus général, donc plus abstrait, mais surtout parce qu’elles représentent des opérations sur des opérations…

À la fin de ce stade, l’adolescent peut donc, comme l’adulte, utiliser une logique formelle et abstraite. Il peut aussi se mettre à réfléchir sur des probabilités et sur des questions morales comme la justice.

Guy Labarraque

Sources :

Bideaud J., Houdé O., Pedinielli, (1993, 2009/6ème), L’homme et son développement, Paris, PUF, Collection Quadrige.